Face à la progression de l’épidémie de la maladie à virus Ebola, qui frappe de plein fouet la RDC et menace son voisin ougandais, les experts des deux pays ont posé les jalons d’une collaboration médicale inédite. À l’issue de quarante-huit heures de concertations techniques et opérationnelles, une feuille de route commune a été adoptée.
« Ce sont des travaux en rapport avec le renforcement de la collaboration transfrontalière entre l’Ouganda et la RDC . Nous avons désormais une feuille de route que chacun des deux pays comprend parfaitement », a expliqué à visiondarunews.com le Professeur Christian Ngandu Bwangandu, coordonnateur du centre des opérations d’urgence de santé publique.
Pour la RDC, la situation est particulièrement préoccupante. Le pays franchit ces jours-ci le cap des 700 cas confirmés. Une réalité épidémiologique qui impose une action immédiate, d’autant que la porosité des frontières et l’intensité des échanges commerciaux et culturels entre l’Ituri et l’Ouganda compliquent la donne.
« En Afrique, on dit qu’on reconnaît les vrais amis dans les moments de malheur . Nous partageons les frontières avec l’Ouganda. Nous mangeons parfois la même nourriture, nous avons des activités économiques communes, et nous sommes obligés de traverser de part et d’autre. Nous avons une vie commune. Et comme Ebola se transmet par contact, le risque de contamination transfrontalière est immense », a rappelé le Professeur Akilimani.
Face à ce défi, l’heure n’est plus aux initiatives isolées mais à la mutualisation des forces. Les présidents des deux Républiques ont donné leur feu vert pour matérialiser cette alliance sanitaire, tout en veillant aux aspects sensibles de souveraineté et de sécurité. L’échéance est désormais fixée : le 20 juin prochain, les premières équipes conjointes, les laboratoires communs et les cliniques mobiles seront officiellement déployés sur le terrain, soutenus par des partenaires techniques et financiers internationaux.
Au-delà de la logistique médicale, le plus grand défi reste humain. Dans plusieurs localités, une partie de la population continue de douter de l’existence même de la maladie, un déni que les autorités sanitaires tentent de briser par la pédagogie et l’appel à la confiance.
S’adressant directement aux habitants de l’Ituri, le Professeur Akilimani a insisté sur la crédibilité des équipes médicales locales :
« Nous, les enfants de l’Ituri et de la RDC, nous avons des médecins qui ont étudié pour cela. La population peut nous faire confiance : cette maladie existe bel et bien. Si nous l’ignorons, nous allons perdre notre économie, nous allons perdre des vies humaines et nous aurons des deuils chaque jour. »
Pour le corps médical, l’enjeu de cette riposte est aussi le retour à la vie normale. Les restrictions de circulation, les fermetures d’aéroports et les contrôles stricts aux frontières asphyxient l’économie locale de l’Est de la RDC et de l’Ouganda.
En unissant leurs laboratoires et leurs cliniques dès le 20 juin, Kinshasa et Kampala font le pari de la science et de la fraternité face au virus. Une course contre la montre est engagée : maîtriser l’épidémie pour redonner rapidement aux populations d’Aru, de l’Ituri et de toute la région frontalière la liberté de circuler, de commercer et de construire ensemble leur développement.
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