La situation du lac Albert devient de plus en plus préoccupante. Dans la chefferie des Mokambu en Territoire de Mahagi, la société civile forces vives alerte sur une raréfaction rapide et alarmante des espèces de poissons, symptôme d’une pression croissante sur cet écosystème vital.
Selon Grégoire Thumitho Uwonda, coordonnateur de cette structure citoyenne, cette dégradation est essentiellement liée à la multiplication de pratiques de pêche illégales. Parmi elles figurent l’usage de filets à mailles fines, des filets monofilaments, l’utilisation de lampes-tempêtes, ainsi que la pêche dans les zones de frai, pourtant cruciales pour la reproduction des espèces.
Face à cette situation, la société civile appelle les autorités congolaises à une réponse urgente et ferme. Elle recommande notamment la dotation des pêcheurs en engins conformes à la réglementation, la saisie systématique suivie de l’incinération des matériels prohibés, ainsi que la mise en place d’unités mixtes de surveillance intégrant les acteurs de la société civile.
Autre facteur aggravant, la porosité des frontières entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda facilite l’entrée clandestine de filets monofilaments, accentuant la pression sur les ressources du lac.
Grégoire Thumitho Uwonda plaide également pour la création de structures de pisciculture, afin de réduire la dépendance au lac et contribuer à la reconstitution du stock halieutique.
Les conséquences sont déjà visibles : autrefois riche de plus de 54 espèces de poissons, le lac Albert n’en compterait plus qu’environ 14 aujourd’hui. Cette chute brutale entraîne une flambée des prix du poisson sur les marchés locaux, le rendant de plus en plus inaccessible pour de nombreuses familles.
Plus inquiétant encore, la disparition progressive des petits poissons tels que les muziri et les gem déséquilibre toute la chaîne alimentaire aquatique, compromettant à terme la survie des espèces de grande taille comme le capitaine, autrefois emblématique du lac.
Si rien n’est fait rapidement, le lac Albert risque de passer du statut de réserve halieutique à celui de mémoire d’un écosystème disparu.
Oscar Uyergiu Ung’i

